RAEK – Les femmes de Katana
Congo [DRC]
Un collectif de productrices qui redonnent vie au café du Sud-Kivu
Dans les collines du Sud-Kivu, entre les pentes du parc national de Kahuzi-Biega et les rives profondes du lac Kivu, se trouve un village qui porte un nom devenu symbole de résilience : Katana. Ici, le café n’est pas seulement une culture : c’est une manière de tenir debout, de reconstruire, de protéger la terre et de s’offrir un avenir malgré les secousses de l’Histoire.
C’est dans ce contexte qu’est née RAEK – Rebuild Agro-Economy in Kivu, une organisation locale qui rassemble aujourd’hui plus de 300 producteurs et productrices, engagés dans une même vision : redonner sa place au café congolais, longtemps oublié, affaibli, puis marqué par les conflits qui ont ravagé la région.
Parmi eux, un groupe se distingue par sa force tranquille : les femmes de Katana, créatrices du lot que je propose aujourd’hui.
- Un terroir rude et magnifique : Katana, entre volcan, forêt et lac
Katana bénéficie d’un environnement naturel exceptionnel. Situé entre 1600 et 1800 mètres d’altitude, le terroir repose sur des sols volcaniques riches, irrigués par les pluies régulières du Kivu et protégés par la canopée du parc national tout proche.
Les caféiers — principalement des variétés Bourbon et Jackson — sont cultivés en agroforesterie, au milieu d’arbres indigènes, de grevillea et de bananiers qui créent l’ombre nécessaire à une maturation lente et homogène.
Les cerises sont récoltées à la main, puis soigneusement triées par les femmes du village avant d’être séchées sur lits africains, selon un savoir-faire transmis de génération en génération.
Ici, la nature est partout. Elle nourrit, protège… mais elle exige tout. C’est ce qui donne au café de Katana ce profil si singulier, profond et gourmand, qui oscille entre fruits mûrs, sucre brun, chocolat et notes florales.
- RAEK – Reconstruire une économie après l’effondrement
La région du Sud-Kivu a connu des décennies d’instabilité. Après l’effondrement du marché du café et les conflits armés, beaucoup de producteurs ont abandonné leurs plantations.
À partir de 2012, une poignée de familles décident de réactiver l’activité caféière pour survivre et transmettre un avenir à leurs enfants. C’est ainsi que naît RAEK, avec une mission très simple dans sa formulation, mais immense dans sa portée : reconstruire par le café.
Depuis, RAEK accompagne les producteurs sur plusieurs fronts :
- amélioration des pratiques agricoles
- formations sur la sélection des cerises et les process
- replantation d’arbres indigènes
- développement de micro-infrastructures de séchage
- gestion collective des lots
- démarche qualité pour accéder au marché du café de spécialité
Le travail est patient, parfois fragile, mais chaque année, les cafés progressent — jusqu’à attirer l’attention d’acteurs internationaux comme This Side Up, qui travaille étroitement avec RAEK pour stabiliser la filière.
- Le Women’s Lot – Un espace de travail, de solidarité et d’autonomie
Le lot que je propose est issu exclusivement d’un groupe de productrices du village de Katana.
Ce sont elles qui :
- récoltent les cerises
- trient manuellement les fruits
- gèrent le séchage sur lits africains
- surveillent l’homogénéité des lots
- affinent la qualité au fil des jours
Leur implication est totale.
Pour ces femmes, le café est plus qu’un revenu : c’est un moyen de s’affirmer dans une économie où leur voix a longtemps été marginalisée. En prenant en main des lots dédiés, elles gagnent la reconnaissance du village, de nouveaux revenus… et l’assurance que leur travail est vu et valorisé.
Le développement de ces lots féminins a également permis :
- la création de groupes de formation exclusivement féminins
- la mise en place de primes de qualité réservées aux productrices
- une meilleure autonomie financière au sein des familles
Dans un contexte post-conflit, cet espace de solidarité est vital. Il redonne une dignité, un rôle, et une place décisive dans la reconstruction locale.
- RAEK, Katana et la guerre : ce qu’il reste à dire
Impossible d’évoquer Katana sans mentionner la réalité du conflit qui a secoué le Kivu.
Plusieurs membres de RAEK ont été directement touchés — maisons brûlées, familles déplacées, proches blessés. Les champs ont parfois été abandonnés, puis repris, puis abandonnés encore. Le café, pendant ces années-là, n’était pas une culture : c’était une survie.
Que ce café arrive jusqu’à Lyon, dans mon atelier, relève de quelque chose de plus fort que la simple logistique.
Chaque kilo acheté permet :
- d’assurer un revenu stable à des familles encore fragiles
- de financer la reprise agricole
de maintenir les jeunes dans le village - de consolider une filière qui a failli disparaître
Acheter ce lot, c’est participer — modestement, mais réellement — à cette reconstruction.
- Pourquoi je l’ai choisi
Parce que Katana est un territoire qui refuse de s’éteindre.
Parce que RAEK porte une vision lucide, courageuse, tenace.
Et parce que ces femmes, dans un contexte où tout vacille, parviennent à produire un café d’une douceur et d’une force inattendues.
Un café qui raconte l’obstination, la terre, et la possibilité d’un avenir.